Culture

Histoire d'érable

Publié le 11 mars 2021 par L'Epicerie Québécoise
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A l'arrivée des Européens en Amérique du Nord, les Amérindiens récoltaient déjà un précieux liquide tiré des érables. Cette eau d'érable avait pour eux de nombreuses vertus qui se vérifient scientifiquement aujourd'hui...

Histoire d'érable

La récolte de l’eau d’érable et sa transformation, grâce à la cuisson et l’évaporation, en un breuvage plus concentré en sucre était déjà maitrisée par les Amérindiens bien avant l’arrivée des Européens. Plusieurs légendes circulent sur l’origine de la découverte. On raconte qu’un Algonquin qui s’entrainait au lancé sur un érable décida de goûter à l’eau qui s’écoulait de l’entaille lorsqu’il retira son tomahawk… ou encore qu’une femme Micmac, à moins qu’elle ne fut une Montagnaise, s’étonna de voir un écureuil lécher le tronc d’un érable après qu’une branche fut cassée par le gel, et décida de goûter l’eau qui s’écoulait…

La récolte de l'eau d'érable par les Amérindiens, Joseph François Lafitau - vers 1724 

Selon les écrits des premiers voyages de Jacques Cartier entre 1536 et 1542,  l’explorateur et ses compagnons auraient essayé cette « eau qui a un goût de bon vin ». En 1606, Marc Lescarbot, un avocat voyageur et écrivain compagnon d’aventures de Samuel de Champlain, décrit le processus de récolte de l’eau d’érable par les Amérindiens. Puis c’est le missionnaire Gabriel Sagard, lors de son séjour en Nouvelle France en 1623-1624, qui explique l’utilisation de l’eau d’érable par les Amérindiens et notamment le processus d’évaporation pour obtenir « un breuvage qui fortifie ».

Durant le siècle suivant, ce nouveau sucre va petit à petit être utilisé par les habitants Européens de Nouvelle France, puis faire son apparition en France de manière très discrète, dans les milieux culinaires proches des explorateurs. Autour de 1700, Agathe de Saint Père, considérée comme la première femme d’affaire de la Nouvelle France, exporte du sucre d’érable en dragée vers la France. Le roi Soleil Louis XIV apprécie particulièrement ces bonbons !

Dès le 18ème siècle, plusieurs scientifiques attestent des vertus et bienfaits de l’eau d’érable et du sucre d’érable, ou décrivent et améliorent le procédé de fabrication. Plusieurs ouvrages sont publiés par le biologiste Suédois Pehr Kalm, le botaniste agronome Henri Louis Duhamel du Montceau, ou même Diderot qui abordera le sujet dans son Dictionnaire raisonné des sciences des arts et des métiers !

Cabane à sucre au Canada, Cornelius Krieghoff - 1849

Durant le 19ème siècle, la consommation progresse et les techniques avec. La production évolue et on commence à organiser la vie de la cabane à sucre.  Au début du 20ème siècle, apparait le premier système de classification du sirop d’érable en cinq catégories suivant sa couleur. Mais ce n’est qu’au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale qu’on va commencer à conditionner le sirop d’érable en conserve et qu’on va découvrir le processus permettant de fabriquer le beurre d’érable.

Depuis les années 70, l’organisation de la filière, puis la recherche et l’innovation vont permettre de répondre à la demande mondiale croissante, et de voir l’apparition de nouveaux produits de l’érable. En 2011 la découverte du Québécol (un polyphénol propre au sirop d’érable) par le Professeur Navindra P. Seeram, permet d’affirmer un peu plus les qualités et les bienfaits de l’érable. La recherche est aujourd’hui très active autour du sirop d’érable et du Québécol, à tel point que des chercheurs viennent de créer une nouvelle classe d’anti-inflammatoires très efficaces à partir du Québécol, tandis que d’autres s’intéressent à ses propriétés anti-bactériennes, et que les travaux sur ses capacités anti-inflammatoires sont eux aussi très avancés…  

Le futur est très doux pour le sirop d’érable ! 

Pr. Navindra P. Seeram Collège biomédical de l'Université du Rhode Island